Guitares, Jazz

Antoine Boyer

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Nouvel album « Caméléon Waltz » sortie le 30 mars (Viavox / l’Autre Distribution)

Antoine a toujours baigné dans la musique, notamment tzigane et manouche; à la maison on écoute Bratsch, Angélo Debarre, Django… Une visite à la Chope des puces sera le déclic; Antoine décide d’apprendre la guitare manouche. Son père qui a eu lui-même l’expérience des études classiques au piano, s’y met aussi, privilégiant une approche orale de l’instrument et un jeu à plusieurs. Le garçon (il a alors une dizaine d’années), fait ses classes avec Victorine Martin puis avec Mandino Reinhardt, dont l’enseignement sera décisif, humainement et musicalement. La rencontre avec Francis Alfred Moerman, figure légendaire du jazz gitan et personnage haut en couleurs, débouchera sur « l’univers insolite de FA Moerman », premier CD/DVD remarqué d’Antoine qui montre d’impressionnantes dispositions musicales alors qu’il n’a pas encore 13 ans. On connait la suite. « Révélation 2012″ du magazine « Guitarist acoustic », Antoine est programmé dans la plupart des festivals consacrés à l’héritage de Django et croise les cordes avec tous les cadors du style ou presque. A 17 ans, il décide d’entamer une formation classique; il suit les cours de Gerard Abiton à Paris et y rencontre Samuelito, jeune guitariste porté sur le flamenco avec lequel il forme un duo; les deux compères gagnent un prix de guitare en Allemagne, qui leur donne l’opportunité d’enregistrer en 2016 un disque unanimement salué par la critique, enchainant dans la foulée concerts en France et à l’étranger; la même année Antoine obtient la « révélation guitare classique » par le magazine « Guitare classique ».

Caméléon Waltz, le titre de ce nouvel opus d’Antoine Boyer nous donne la clef de sa démarche; on sait que l’une des particularités du caméléon est sa capacité à changer de couleur en fonction de ses émotions. Ici c’est de guitare qu’Antoine va changer au fil des douze pièces courtes et denses de ce disque en solo absolu (exercice périlleux sans re-recording): guitare cordes nylon sur quatre morceaux, guitare cordes acier ou guitare électrique jazz sur chacun des quatre autres, trois types de guitare qui font également écho aux trois temps de la valse. Antoine alterne six relectures éclectiques témoignant de son ouverture musicale (allant des Beatles à Scarlatti en passant par Paul Simon ou Pat Martino) auxquelles il imprime sa marque par des arrangements tout à fait originaux, et six compositions personnelles très écrites, d’une grande fraicheur d’inspiration. Six en majeur et six en mineur, moitié en binaire et moitié en ternaire. Rien d’ésotérique cependant dans cet équilibre quasi parfait mais une démarche très pensée visant à l’exploration des possibilités sonores de chacune des guitares utilisées.
Mêlant simultanément accords et mélodie, arpèges et jeu au médiator, Antoine explore dans toutes ces pièces le côté polyphonique de la guitare, dont il joue comme un pianiste (pas étonnant qu’il adore Bill Evans dont il reprend We will meet again et auquel il dédie Waltz for Bill), en combinant les plans rythmique, mélodique et harmonique; une approche qui donne aussi son unité à l’ensemble. Si Antoine est un orchestre à lui tout seul il privilégie avant tout la précision de la note et la musicalité de l’ensemble. Ces douze méditations exigeantes, par-fois empreintes de gravité, alternant fulgurances dénotent une intériorité et une intensité rares chez un musicien de 21 ans.
Il ne s’agit pas seulement de guitare ici mais aussi et surtout de musique, celle d’un poète des cordes qui met son éblouissante technique au service de la beauté.