Espagne, Flamenco

Miguel Poveda

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« Entre Madonna et Adele, ArteSano le dernier album de Miguel Poveda caracolait à sa sortie en tête des meilleures ventes d’albums en Espagne. Un disque grâce auquel le cantaor catalan confirme donc son envergure d’artiste crossover, mais qui marque surtout son grand retour à la quintessence de l’art du flamenco.

En parfait outsider, puisqu’il n’est ni gitan, ni andalou, Poveda avait consacré ses précédents enregistrements à des projets de rencontres plus ou moins iconoclastes, entre flamenco et musique qawwali, littérature catalane ou orchestration symphonique. Son dernier album, sur un répertoire de chansons sentimentales espagnoles, lui a permis d’acquérir une popularité sans équivalent pour un flamenco de sa génération, quitte à l’exposer aux gémonies des puristes du cante jondo. En renouant aujourd’hui avec l’orthodoxie du genre (pour la première fois depuis Tierra de Calma en 2006), le chanteur barcelonais démontre pourtant qu’il n’est jamais aussi convaincant que dans la tradition qui l’a vu débuter.
On imaginait bien que Poveda n’était pas parti s’installer à Séville pour y faire du tourisme. Imprégné d’ambiances andalouses, ArteSano donne vie à une série de lieux et de figures emblématiques du flamenco, chaque titre de cet opus invitant à apprécier une variété différente de son patrimoine, de l’intimité d’une bodega (El Alfarero) au tumulte d’une fête de village (¡Qué disparate !). Sans manquer de rendre hommage au passé, sa qualité reste avant tout de relier son propos au présent, grâce à un casting multi-générationnel : les vétérans Paco de Lucía, Isidro Muñoz, Manolo Sanlúcar et Rancapino côtoient leurs héritiers Chicuelo, Diego del Morao, Manuel Parrilla, sans oublier le guitariste José « Bolita » Quevedo, producteur de l’album. De même, le répertoire alterne airs traditionnels ou classiques et quatre compositions originales (une toute première chez Poveda). Acte de communion et de bravoure, ce manifeste d’artisanat, ou d’« art sain » pour reprendre son titre, impose l’idée d’un flamenco puro mais ouvert sur le monde. Et son auteur en messie libéré des pathologies couramment rattachées au genre, capable d’exprimer la profondeur de ses peines sans se contenter d’adopter la pose du martyr. »

Yannis Ruel – Mondomix

Albums

  • Artesano

    2012